Dernières nouvelles au sujet des donneurs de plasma rémunérés

Décevant mais pas surprenant : le nouveau rapport du Comité d’experts sur l’approvisionnement en produits d’immunoglobuline rate la cible par rapport au plasma rémunéré

Le Comité d’experts sur l’approvisionnement en produits d’immunoglobuline et ses répercussions au Canada a publié, le 23 mai 2018, son rapport Protéger l’accès des Canadiens aux immunoglobulines. Comme l’avaient prédit plusieurs défenseurs des soins de santé publics, le rapport n’a pas pris très au sérieux les nombreuses inquiétudes de la population canadienne par rapport à la collecte privée et à but lucratif du plasma. Lorsque deux des quatre membres du comité d’experts viennent du pays qui pousse le plus pour le plasma venant de donneurs rémunérés (les États-Unis), et que l’un a des liens évidents avec l’industrie du plasma rémunéré, il n’est pas surprenant de les voir répéter plusieurs des hypothèses erronées mises de l’avant pas l’industrie du plasma commercial. La Coalition canadienne de la santé fournit des réponses à certaines des allégations et des énoncés problématiques qui suivent :

« Il est aussi important que la transformation visant à recueillir davantage de plasma par aphérèse par la SCS [Société canadienne du sang]et Héma-Québec se fonde sur des principes d’affaires rigoureux, des enseignements tirés ainsi que sur des partenariats avec le secteur privé qui possède une expertise majeure dans ce domaine. »

Le rapport tient pour acquis la collecte du plasma provenant de donneurs rémunérés au Canada et le considère comme un fait accompli malgré la tendance des gouvernements provinciaux à adopter des lois pour l’interdire (la C.-B. vient d’adopter un projet de loi la semaine dernière). Le rapport ne réussit pas à présenter des arguments convaincants à l’effet qu’un partenariat avec le secteur privé est un préalable nécessaire pour recueillir davantage de plasma par aphérèse au Canada. Rémunérer les donneurs va à l’encontre des recommandations des principales organisations de santé, dont l’Organisation mondiale de la santé, le mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, l’Alliance européenne du sang et plusieurs autres qui revendiquent un système composé à 100 % de donneurs volontaires. Cela va aussi à l’encontre des recommandations de l’Enquête du juge Krever au Canada qui a examiné les façons d’éviter une catastrophe comme celle du scandale du sang contaminé dans les années 1980. La Société canadienne du sang (SCS), agence publique nationale chargée d’assurer la sûreté et l’innocuité du sang et des produits sanguins au Canada, s’est déjà opposée au plasma provenant de donneurs rémunérés et a demandé un moratoire pour que le gouvernement cesse d’appuyer les activités commerciales liées au plasma.

« Toutefois, les données recueillies ne démontrent pas que l’intensification de la collecte de plasma par aphérèse, provenant de donneurs rémunérés ou non, a une incidence négative sur l’approvisionnement en sang total. »

L’inquiétude n’est pas engendrée par le fait que les dons de plasma auront un impact négatif sur l’approvisionnement total en sang. L’inquiétude vient du fait que les donneurs rémunérés de plasma auront un impact négatif sur le nombre de donneurs volontaires de sang et de plasma. La SCS a déjà signalé une diminution dans la plus importante cohorte d’âge des donneurs de sang (17 à 24 ans) à leur clinique de Saskatoon, et la présence d’une clinique à but lucratif en est responsable. Des données venant des États-Unis et de la Hongrie suggèrent une tendance similaire. La menace engendrée par le plasma provenant de donneurs rémunérés n’est pas, au départ, une question de sécurité mais de sûreté des approvisionnements et de maintien des effectifs de donneurs volontaires.

Toutefois, le rapport est juste par rapport à une chose : le Canada doit devenir davantage autosuffisant en matière de plasma. La meilleure façon d’y arriver c’est de consolider notre système public de collecte de sang provenant de donneurs volontaires. Le Canada n’a jamais eu de système solide de collecte de plasma provenant de donneurs volontaires ni de campagne musclée de sensibilisation aux bénéfices du plasma qui sauve des vies. Par conséquent, il est impossible de conclure qu’un tel système sera incapable de répondre à nos besoins en plasma. Au Québec, Héma-Québec, l’agence publique de collecte de sang, a réussi à mettre en œuvre une stratégie pour augmenter le nombre de donneurs volontaires de plasma, et a presque doublé la quantité de plasma destiné au fractionnement. L’agence y est arrivée en établissant de nouveaux centres de collecte et en menant une campagne de sensibilisation publique sur l’importance des dons de sang et de plasma. La SCS a une proposition pour élargir le système public de dons volontaires. C’est, de loin, la meilleure façon d’assurer, dans l’avenir, la sécurité et la reddition de compte par rapport à nos approvisionnements en plasma. Pour en savoir davantage sur comment protéger et défendre le système public de collecte de sang et de plasma au Canada, cliquez ici.

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